IL ÉTAIT UNE FOIS LA CINÉMATHÈQUE DE TOULOUSE

Fondée par Raymond Borde en 1964, la Cinémathèque de Toulouse est aujourd’hui l’une des principales archives du cinéma en Europe.

Elle conserve, entretien et rénove à présent plus de 42 300 copies inventoriées, 75 000 affiches, 500 000 photos, 3000 titres de revues, 14 000 ouvrages, ainsi que des scénarios, des archives personnelles et également des appareils de toutes les époques.

Pour illustrer son cinquantième anniversaire, la Cinémathèque met en valeur une page originale de l’histoire du cinéma à Toulouse : les affiches de façade (5 mètres sur 2 mètres) qu’André Azaïs créa jusqu’en 1977 pour la salle de la rue Alsace-Lorraine : Le Royal .*

* (d’après la préface du livre : « Du cinéma plein les yeux » paru aux édition Loubatières)

ANDRÉ AZAÏS 1918 – 1989

Affichiste toulousain formé aux côtés de son père peintre-décorateur, il choisit après la seconde guerre mondiale de travailler exclusivement pour les cinémas de sa ville demandeurs de grands panneaux publicitaires originaux adaptés aux dimensions de leur façade et ventant leurs programmes. Il travaille ainsi pour six salles du centre: le Plaza, les Nouveautés, le Trianon, les Variétés, le Zig-Zag et le Royal. Ce dernier, « véritable palace » de 1200 places, est situé 49 rue Alsace-Lorraine.

Malheureusement, victime de la baisse générale de la fréquentation du début des années 1960 et malgré une politique de recentrage de sa programmation, il doit fermer définitivement ses portes le 11 octobre 1977.

Son directeur invite la Cinémathèque de Toulouse à recueillir ce qu’elle souhaite pour enrichir sa collection. Et là, sont alors découverts 184 grands panneaux de façade signés André Azaïs.

Peints à la main en un seul exemplaire, chacun est donc une œuvre unique. Tous les huit jours, André Azaïs récupérait auprès des exploitants le matériel promotionnel dont il devait s’inspirer, pour réaliser simultanément les six affiches à créer pour le mercredi suivant, jour de sortie des nouveaux films.

L’ART ET LA MÉTHODE :

Azaïs réalise à l’aide d’une chambre claire une sorte de maquette qu’il projette sur un mur de l’atelier à la dimension voulue, dessinant tout d’abord au fusain les visages, puis à main levée les titres, en respectant la police de caractère du matériel publicitaire. Ainsi à partir d’une affiche imprimée verticale (120 X 160), va-t-il composer un grand panneau de façade horizontal.

Certains distributeurs, ne regardant pas à la dépense, lui passent des commandes luxueuses. L’un des exemples les plus connus étant celui de la Métro-Goldwyn-Mayer qui pour la sortie, au Plaza le 21 décembre 1960 de BEN-HUR, demanda des lettres monumentales frappées à la feuille d’or sur le panneau de façade de 10 mètres sur 2,80 mètres. Une dépense excentrique qui fut certainement bien rentabilisée puisque, jusqu’au 31 décembre 1963, ce grand péplum fut programmé deux fois par an pendant plusieurs semaines dans ce même cinéma.

Au pinceau le plus souvent ou bien au pistolet compresseur, il utilise une peinture à la colle avec laquelle seront exécutés les détails et le motif secondaire, la couche de fond constituant la touche finale.

En 35 ans de carrière André Azaïs aura réalisé plus de 8000 affiches d’entrée de salles de cinéma.

La vingtaine présentée, jusqu’au 27 avril à l’Espace EDF Bazacle 11 Quai Saint Pierre, par la Cinémathèque de Toulouse à l’initiative de sa Déléguée générale Natacha Laurent, est le prolongement grandeur nature du livre « Du cinéma plein les yeux » paru en ce début d’année aux éditions Loubatières. William Lamary assure la scénographie de cette exposition qui constitue l’un des points d’orgue des manifestations organisées à l’occasion du demi-siècle d’existence de ce haut lieu entièrement dédié au Septième Art.**

Une bonne affiche doit donner au passant l’impression qu’elle le regarde, qu’elle l’interpelle; c’est une image fixe chargée de promouvoir des images mouvantes. Bref, elle est le premier maillon de l’information cinématographique. Si l’affiche nous regarde, il faut la comprendre dans l’instant afin d’avoir envie d’en apprendre davantage. C’était là le but premier des grands panneaux qui se voyaient de loin, peints aux frontons des cinémas par les artistes comme André Azaïs.

Toutefois le cinéma n’oublie jamais qu’il est une industrie, par exemple pour les affiches imprimées distribuées en série, il est commun d’avoir deux modèles. L’un luxueux réservé aux salles de prestige des grandes villes, et un deuxième économique tiré pour les circuits secondaires.

L’AFFICHE, TÉMOIN DE SON TEMPS:

Jusqu’à l’arrivée des multisalles (au milieu des années 1970), ces grandes toiles peintes sur mesure prenaient sans le savoir une valeur symbolique, quasi-historique, en fixant certes les célébrités d’un temps, mais également les modes et faits de sociétés de leur époque.

En regardant semaine après semaine, ici les façades du Royal, on remarque, il ne s’agit là que d’un aspect, l’évolution des mœurs, la mauvaise foi des annonceurs et le recul de la censure qui, une fois détournée, devient un argument publicitaire lequel aujourd’hui prête à sourire.

Ces grands panneaux originaux seraient presque oubliés avec la mode des multiplexes et des multi-écrans, faisant paraître bien loin le temps où chaque façade invitait à entrer dans ce lieu magique et unique : LA SALLE DE CINÉMA.

** Jusqu’au 27 avril du mardi au dimanche inclus- Entrée gratuite

Texte : Claude Guilhem
Photos : Pascal Foret

Ci-dessus: L’entrée de l’exposition est illustrée par une photo grandeur nature de la façade du cinéma Plaza.

Ci-dessus: la chambre claire utilisée par André Azaïs pour effectuer une maquette de l’affiche.

Ci-dessus: au centre Georges Azaïs (fils d’André Azaïs) et à sa droite William Lamary (scénographe de l’exposition).

Ci-dessus: moment d’émotion, Georges Azaïs découvre au bas d’un panneau la signature peinte par son père.

Ci-dessus: le livre de l’exposition « Du cinéma plein les yeux » aux éditions Loubatières.

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> Souvenirs d’un cinéphile toulousain, par Claude Guilhem.