Salle de cinéma

QUAND LA SALLE DE CINÉMA INSPIRE LE ROMAN.

La littérature inspire le septième art. L’inverse est aussi vrai! Les romanciers aiment évoquer les cinémas dans leurs récits: ainsi, la salle obscure devient parfois un des protagonistes des fictions ou des souvenirs évoqués par leurs auteurs. Cette liste non-exhaustive célèbre ainsi la salle de cinéma, ce lieu magique et fantasmé où un échappatoire à la vie quotidienne devient possible…

Vos commentaires et ajouts sont évidemment les bienvenus. A vos romans!

Aurélien Bellanger
La théorie de l’information
Editions Gallimard, 2012

L’un des derniers cinémas pornographiques de Paris, le Beverley, situé rue de la Ville-Neuve à moins de cinquante mètre d’Ithaque, menaçait de fermer. Houillard avait laissé entendre à son actuel propriétaire que Pascal Ertanger pouvait être intéressé par une éventuelle reprise. Contacté par le vieillard libertin et cinéphile, Pascal visita les locaux: c’était assez sale, et plutôt collant, mais la manière dont l’espace se distribuait était intéressante. L’affaire aurait cependant été difficilement rentable, même en envisageant une reconversion en salle art et essai. Mais Pascal imagina de faire du Beverley sa salle de projection privée: l’équivalent vertical d’une piscine, un pur objet de luxe, un caprice de milliardaire. »

Note de Salles-cinema.com: l’auteur qui s’inspire de Xavier Niel, fondateur de Free, évoque ici un cinéma toujours en activité: Le Beverley, le dernier cinéma porno de la capitale.

Jean Seberg devant le cinéma Mac-Mahon

Ariane Chemin
Mariage en douce. Gary & Seberg.
Equateurs – 2016

S’ils avaient pu voir A bout de souffle dans les fauteuils de velours rouge sang du cinéma L’Empire, sur le cours, ils auraient su que Belmondo – qui avait fait le déplacement à Ajaccio – jouait presque le même gimmick dans le film de Godard : l’ongle du pouce sur la lèvre supérieure, comme une lame de couteau, le silence ou la mort.

(…)

Elle avait disparu une semaine plus tôt, après la projection au cinéma Drugstore des Champs-Elysées qui donnait Clair de femme, tiré du roman de son ancien mari. Dans son adaptation, Costa-Gravas était resté fidèle au livre de Gary. Pour une fois le film avait plu à l’écrivain, il l’avait écrit au cinéaste.

(…)

Elle avait rentré Ahmed Hasni, un jeune Algérien trafiquant de stups, voleur et violent. En mai 1979, elle avait décidé de l’épouser – hors de toute légalité, puisque son divorce avec Denis Berry n’était pas prononcé. Peu après le mariage, elle avait croisé Frédéric Mitterrand dans le hall de la salle art et essai L’Olympic. « Tu connais Ahmed, mon mari? » avait-elle lancé provocante? Même pas un beau et vrai voyou à la Poiccard, s’était désolé Mitterrand en contemplant Hasni. Il s’était dit que sa chère actrice avait cherché dans cette brute abominable l’homme qui l’aiderait à finir sa vie.

Note de Salles-cinema.com: la journaliste Ariane Chemin évoque dans son portrait du couple Gary-Seberg le plus grand cinéma de Corse L’Empire à Ajaccio ainsi que la salle du Publicis Drugstore et celle de l’exploitant Frédéric Mitterrand avec son réseau Olympic.

Virginie Despentes
Vernon Subutex – 1
Grasset – 2015

Le quartier était encore déglingué. Ils allaient tous les jours au cinéma. Céline était projectionniste, elle avait une carte qui lui permettait d’entrer gratuitement avec la personne de son choix dans n’importe quelle salle. Il faisait très chaud, ils cherchaient des salles climatisées. Ils aimaient la salle grand écran de la place d’Italie, mais ce n’était pas là qu’on voyait les meilleurs films. Elle aimait Carax et Téchiné, il préférait Scorsese et De Palma.

Note de Salles-cinema.com: la sulfureuse Virginie Despentes, également cinéaste, décrit le Gaumont Grand Ecran aujourd’hui fermé. 

Vincent Duluc
Un printemps 76
Editions Stock – 2016

Le fameux soir de Saint-Etienne-Kiev, les mômes de Firminy avaient acheté un ticket de cinéma au Majestic, qui diffusait le match en direct, images de TF1, commentaires de Pierre Cangioni et de Jean Raynal. La salle était éteinte, mais c’est une façon de parler, le cinéma était un incendie, bourré jusqu’aux cintres, les drapeaux, les supporters en maillot, les chants; la seule discipline accordée au propriétaire était d’aller fumer dehors. La tension et les cris étaient montés jusqu’à la prolongation, et au troisième but de Rocheteau qui avait qualifié les Verts, les gens étaient debout sur les sièges, hurlant s’embrassant. Alors, affligé de ces comportements, et inquiet pour son équipement, le patron du cinéma était monté sur la scène, avait fait rempart de son corps devant l’écran et imploré: « Arrêtez, je vous en supplie, les joueurs ne peuvent pas vous entendre! »

(…)

Une année,  Johnny et Sylvie se sont réconciliés sous nos fenêtres exactement. Johnny chantait à l’Eden, en haut de l’avenue Alsace-Lorraine, Sylvie était en tournée en Allemagne, et toute la presse populaire était chez moi, enfin en ville, enfin c’est pareil, dans l’attente du coup de fil de Sylvie qui devait notifier à Johnny la réconciliation ou la séparation. Quelqu’un avait dû donner à Sylvie le numéro de l’Eden – à la fois cinéma et salle de spectacles, où le rideau de publicités peintes tombait sur le devant de la scène, et quand il se relevait, on apercevait le fond du décor jusqu’à ce que le large écran blanc fût déroulé. A la fin de son tour de chant, Johnny, ses boucles collées par la sueur, avait enfilé un peignoir. Du couloir était venu l’annonce « un coup de téléphone pour vous, monsieur Hallyday » , il avait fendu les cris, les couettes et les jupes écossaises dans le hall d’entrée. Johnny avait parlé à Sylvie pendant une demi-heure au téléphone de la caisse du cinéma, il était assis derrière le comptoir, là même où la dame qui ne souriait jamais sortait de sa machine des petits tickets crantés et numérotés de trois couleurs, à cause des réductions.

(…)

On disait que, lorsqu’elle visitait des amis dans la région, peut-être des relations héritées de son mariage avec Vadim et de ses longues nuits parisiennes, Jane Fonda faisait ses courses à la pâtisserie du prieuré où la bourgeoisie bressane attendait son tour pour une brioche à la praline qui ornerait le thé de cinq heures. En rentrant de l’ABC et de la séance d’art et d’essai du mardi soir où j’avais vu Coming Home, le beau film de Hal Ashby où elle avait une scène d’amour avec Jon Voight en vétéran tétraplégique pendant que la guitare de Neil Young pleurait Expecting to Fly, j’avais décidé de passer plus régulièrement devant le prieuré, quand même, parce qu’il est tentant de rêver aux femmes magnifiques qui aiment les causes perdues.

Note de Salles-cinema.com: le journaliste Vincent Duluc décrit dans son récit une atmosphère nostalgique des années 1970. L’Eden de Bourg-en-Bresse a fermé ses portes. 

Isabelle Lortholary
L’Année pensionnaire
Editions Gallimard, 2016

Un soir, à la fin des années quatre-vingt, j’allais au cinéma de la rue Christine. J’avais rendez-vous avec un monsieur que j’aimais bien, nous avions décidé d’aller revoir La dame de Shanghai, pour ma part je ne l’avais jamais vraiment vu, ou alors trop jeune pour m’en souvenir, je n’avais que de vagues images en tête. Je sortis bouleversée de la salle. Non parce que mon amant m’avait pris la main pendant la projection et murmuré quelques éloquents adages sur le mariage et ses implications morales, intellectuelles et psychologiques, mais parce qu’elle m’était apparue. Sur l’écran, c’était elle. mon Attali en blonde, le même sourire et le verre brisé. Je pleurai dans les bras de l’amant ému, inaugurant ainsi les mystifications ou les incompréhensions du couple qu’il désirait que nous formions un jour.

Note de Salles-cinema.com: Isabelle Lortholary décrit probablement le cinéma Christine 21 qui s’appelait Action-Christine.

Patrick Modiano
Villa Triste
Editions Gallimard, 1975

Je descendais de nouveau en ville. A neuf heures quinze minutes précises – juste après les Actualités – j’entrais dans la salle du cinéma le Régent ou bien je choisissais le cinéma du Casino, plus élégant et plus confortable. J’ai retrouvé un programme du Régent qui date de cet été-là.

CINÉMA LE RÉGENT

Du 15 au 23 juin:
Tendre et Violente Elisabeth de H. Decoin.
Du 24 au 30 juin:
L’Année dernière à Marienbad de A. Resnais.
Du 1er au 8 juil.:
R.P.Z. appelle Berlin de R. Habib.
Du 9 au 16 juil.:
Le Testament d’Orphée de J. Cocteau.
Du 17 au 24 juil.:
Le Capitaine Fracasse de P. Gaspard-Huit.
Du 25 juil. au 2 août:
Qui êtes-vous, M. Sorge? de Y. Ciampi.
Du 3 au 10 août:
La Nuit de M. Antonioni.
Du 11 au 18 août:
Le Monde de Suzie Wong.
Du 19 au 26 août:
Le Cercle vicieux de M. Pecas
Du 27 août au 3 sept.:
Le Bois des amants de C. Autant-Lara.

Je reverrais volontiers quelques images de ces vieux films.

(…)

Il s’engage dans la rue Sommeiller et s’arrête devant le Régent. On y projette un très vieux film qui s’appelle La Dolce Vita. Meinthe s’abrite sous l’auvent du cinéma et regarde les photos du film une à une, tout en sortant de la poche de son veston un fume-cigarette.

(…)

Un peu plus loin, le cinéma se nommait le Splendid. Avec son fronton beige sale et ses portes rouges à hublots, il ressemblait à tous les cinémas que l’on remarque dans la banlieue, quand on traverse les avenues du Maréchal-de-Lattre-de-Tassigny, Jean-Jaurès ou du Maréchal-Leclerc, juste avant d’entrer dans Paris. Là aussi, elle avait dû venir, à seize ans. Le Splendid affichait ce soir-là un film de notre enfance: Le Prisonnier de Zenda et j’ai imaginé que nous prenions à la caisse deux mezzanines. Je la connaissais depuis toujours, cette salle, je voyais ses fauteuils aux dossiers de bois et le panneau des publicités locales devant l’écran.

Note de Salles-cinema.com: l’action du merveilleux roman de Patrick Modiano se situe à Annecy, même si la ville n’est jamais citée. Seul une salle indépendante subsiste aujourd’hui dans la capitale de la Haute-Savoie. 

Georges Simenon
Les suicidés
Editions Gallimard, 1934

La salle du cinéma « Saint-Paul » , rue Saint-Antoine, était bondée. Les loges se trouvaient au premier et Bachelin, un bras sur le rebord de velours rouge, semblait défier la foule rangée dans les fauteuils du bas.

Le cinéma, la musique, l’affluence surtout, lui faisaient un effet extraordinaire et c’est sans doute à cela que pensait Juliette en le regardant. Dès le premier contact, il avait les joues plus roses, la démarche plus assurée.

(…) Sur la toile se jouait un sketch comique et parfois le murmure d’un rire inachevé montait de la salle. C’était un samedi. Derrière les loges, sur les gradins, s’étageait le public populaire et Juliette, en se retournant, contempla un moment dans la demi-obscurité les centaines de visages que sculptait un reflet de l’écran.

(…) Le sketch s’acheva et la foule se leva pour l’entracte, piétinant vers la sortie où l’on distribuait des contremarques roses.

Note de Salles-cinema.com: un supermarché occupe l’emplacement du Gaumont Saint-Paul au pied du métro du même nom. Notre ami Philippe Célérier l’évoque dans son blog Ciné-Façade

Anne Berest
Sagan 1954
Stock, 2014

Au 170 boulevard de Magenta, entre les colonnes néo-égyptiennes du cinéma Le Louxor, dont les mosaïques bleu colbat se mélangent aux scarabées d’or, aux cobras et aux têtes de pharaon, je vois Françoise assister à la projection de Si Versailles m’était conté – elle est assise, mal à l’aise dans sa jupe de jociste, qu’elle ne remettra plus jamais de sa vie.

(…) François Sagan regarde sur l’écran la poitrine immense de Brigitte Bardot, car en vérité, on ne voit que ça lorsqu’elle apparaît dans le film, avec sa robe de satin blanc virginal. Françoise pense à ses propres seins, tout petits, si petits. Que peut-on ressentir, lorsqu’on a une grosse poitrine? C’est une grande question, lancinante, que ne renieront pas les générations de jeunes filles à venir.

Note de Salles-cinema.com: c’est bien le mythique et rescapé cinéma du quartier Barbès qui est ici décrit par Anne Berest.

Christophe Donner
Quiconque exerce ce métier stupide mérite tout ce qui lui arrive
Grasset, 2014

Un de leurs premiers exploits fut d’entrer clandestinement au cinéma Le Normandie, la plus grande salle des Champs-Elysées, le jour de la sortie d’un film dont tout le monde dit du mal, Et Dieu… créa la femme. Titre prétentiard, c’est certain, mais le film est interdit aux moins de 18 ans, ça ne peut donc pas être complètement nul.
Et il y a cette fille, sur l’affiche.
Le samedi 1er décembre 1956, à cinq heures de l’après-midi, Rassam et Benjamin tombent amoureux de la même femme en même temps. Ils sont tellement excités par Brigitte Bardot qu’au moment où elle danse à moitié nue entourée de joueurs de mambo chauds comme la braise, ils se mettent à engueuler Trintignant qui la supplie d’arrêter:
– Ta gueule, connard! Continue, Brigitte! A poil! A poil!
Expulsés par le directeur de la salle, et bien chanceux de ne pas se retrouver au poste, leur camaraderie prend une nouvelle tournure; ils sont désormais des inconditionnels du cinémascope couleur.

Note de Salles-cinema.com: l’auteur parle bien de l’UGC Normandie une des plus belles salles de Paris souvent utilisée pour les grandes avants-premières. 

Annie Ernaux
Mémoire de filles
Editions Gallimard, 2016

De celui-ci, je mesure l’étendue , la violence dans le souvenir du bouleversement qui a été le mien un après-midi dans la salle de l’Omnia où passait Les Amants de Louis Malle. « On aurait dit qu’il t’attendait  » : à partir de cette phrase et des premières mesures de Brahms, ce n’est pas Jeanne Moreau , c’est elle, dans le lit, avec H. Chaque image la dévaste de désir et de douleur. Elle est dans la caverne et elle ne peut pas s’atteindre, rejoindre son corps dans l’écran, se perdre dans cette histoire que jette sur la sienne avec H une lumière dont je ne peux pas dire, au moment où j’écris, si, ayant traversé les années, elle est définitivement éteinte.

Georges Perec
Les Choses
René Julliard, 1965

Ils allaient rarement au concert, moins encore au théâtre. Mais ils se rencontraient sans s’être donné rendez-vous à la Cinémathèque, au Passy, au Napoléon, ou dans ces petits cinémas de quartier, le Kursaal aux Gobelins, le Texas à Montparnasse, le Bikini, le Mexico place Clichy, l’Alcazar à Belleville, d’autres encore, vers la Bastille ou le Quinzième, ces salles sans grâce, mal équipées, que semblait ne fréquenter qu’une clientèle composite de chômeurs, d’Algériens, de vieux garçons , de cinéphiles, et qui programmaient , dans d’infâmes versions doublées, ces chefs-d’oeuvre inconnus dont ils se souvenaient depuis l’âge de quinze ans, ou ces films réputés géniaux, dont ils avaient la liste en tête et que, depuis des années, ils tentaient vainement de voir. Ils gardaient un souvenir émerveillé de ces soirées bénies où ils avaient découvert, ou redécouvert, presque par hasard, le Corsaire rouge ou le Monde lui appartient, ou les Forbans de la nuit, ou My Sister Eileen, ou les Cinq Mille Doigts du Docteur T. Hélas, bien souvent, il est vrai, ils étaient atrocement déçus. ces films qu’ils avaient attendus si longtemps, feuilletant presque fébrilement, chaque mercredi, à la première heure, l’Officiel des Spectacles, ces films dont on leur avait assuré un peu partout qu’ils étaient admirables, il arrivait parfois qu’ils fussent enfin annoncés. Ils se retrouvaient au complet dans la salle, le premier soir. l’écran s’éclairaient et ils frémissaient d’aise. Mais les couleurs dataient, les images sautillaient, les femmes avaient terriblement vieilli; ils sortaient, ils étaient tristes. ce n’était pas le film dont ils avaient rêvé. ce n’était pas ce film total que chacun parmi eux portait en lui, ce film parfait qu’ils n’auraient su épuiser. ce film qu’ils auraient voulu faire. Ou, plus secrètement sans doute, qu’ils auraient voulu vivre.

(…) Et lorsqu’ils entraient de nouveau en ville européenne, lorsqu’ils passaient devant le cinéma Hillal ou devant le cinéma Nour, lorsqu’ils s’attablaient à la Régence, frappaient dans leurs mains pour appeler le garçon, demandaient un Coca-Cola ou une canette de bière, achetaient le dernier Monde, sifflaient le marchand ambulant éternellement vêtu d’une longue blouse blanche et sale, coiffé d’un calot de toile, pour lui acheter quelques cornets de cacahuètes, d’amandes grillées, de pistaches et de pignons, alors, ils éprouvaient le sentiment mélancolique d’être chez eux.

Martin Winckler
Abraham et fils
P.O.L., 2016

Le dimanche après-midi, mon père et moi on va déjeuner chez les Belles Soeurs, le petit restaurant au bout de la rue du Capitaine-Pitoëff, et à une heure et demie, on remonte la rue Aliénor-d’Héraby et on traverse la place de la Mairie, jusqu’au cinéma.

Il y a deux grandes affiches au-dessus de la porte, dans des cadres en bois: celle du film de la semaine, celle du film de la semaine prochaine. On lit les titres ensemble, on regarde les photos scotchées à l’intérieur de la porte. Quand c’est un dessin animé, ou un film d’aventures ou un film de cape et d’épée, on entre. Quand c’est un western ou un film de guerre, mon père dit souvent: « tu es un peu jeune pour ce film-là ». Je ne comprends pas. J’aurai bientôt dix ans et on regarde des westerns et des films de guerre à la télé. Je me demande quand je serai assez vieux pour aller les voir au cinéma. C’est comme s’il craignait que les images en couleur, sur grand écran, m’impressionnent plus qu’en noir et blanc sur le petit écran de notre télévision.

J’aime aller voir un film avec mon père. On arrive toujours assez tôt pour choisir nos places. Et on s’installe au balcon, au premier rang. Parfois, quand on regarde les Actualités filmées ou le documentaire de la première partie, je lui pose une question et il me parle à l’oreille. J’aime ça. Et j’aime l’entendre rire pendant le dessin animé ou les bandes-annonces. Quand j’ai peur, je m’accroche à sa manche. Un jour, on est allés voir une sorte de film de pirates sans combat naval. C’était l’histoire d’un enfant qui cherchait son père. Il arrivait de nuit dans une ville inconnue, entrait dans le cimetière, et se trouvait cerné par des monstres qui étaient en réalité les gargouilles de l’église. Il tombait dans un trou, peut-être une tombe, où il faisait très noir. Quand les lumières revenaient, des pirates aux yeux vitreux et aux bouches édentées le regardaient en riant.

J’ai eu très peur mais pendant tout le temps où j’ai tenu sa manche, mon père me tenait par les épaules et me murmurait à l’oreille: « N’aie pas peur, petit chat, c’est du cinéma! ».