The Ghost Writer
Après le retour aux sources du film noir par Martin Scorsese, l’autre grand du cinéma, Roman Polanski, nous livre un épatant thriller psychologique porté par Ewan McGregor, écrivain aux antipodes du super héros. Dans la peau d’un nègre, le protagoniste devra écrire les mémoires d’Adam Lang, ancien premier-ministre anglais. Pierce Brosnan trouve son meilleur rôle dans la peau du politicien ambigu. Mais la rédaction d’un parcours politique plonge notre héros dans un cercle infernal. Polanski isole ses personnages à la fois dans une nature sauvage (une île qui se situerait aux large de New York; au nord de l’Allemagne en vérité) et dans une froide maison de béton. Le cinéaste emmène ses spectateurs dans les arcanes du pouvoir où tous les coups sont permis. Le point d’orgue du film?: la rencontre entre l’écrivain et le Professeur Paul Emmett (génial Tom Wilkinson), un très grand moment de cinéma. On retrouve avec plaisir James Belushi et surtout Eli Wallach (inoubliable Tuco du « Bon, la Brute et le truand ») en très vieil homme reclus dans une cabane de bord de mer. Le compositeur Alexandre Desplat compose une très belle partition entêtante et étouffante dans ce grand film de Roman Polanski.
Shutter Island
Le grand cinéaste Martin Scorsese nous revient en pleine forme dans un film très noir pour une effroyable descente dans les limbes de la mémoire, adaptée du livre de Dennis Lehane. Di Caprio, qui mûrit et prend de l’envergure à chaque film endosse le rôle du « boss » Teddy Daniels flanqué de son acolyte Chuck (très bon Mark Ruffalo) pour une enquête cauchemardesque dans l’île-prison de Shutter Island. Ambiance et hommage aux films noirs des années 1950, le maître Scorsese revisite le thriller dans une réalisation intelligente et esthétique. On pense au trop méconnu remake de Scorsese, « Les Nerfs à Vif » pour ce voyage vers l’enfer. Le spectateur, embarqué dans cette investigation, en prendra pour son grade grâce à un scénario habile et une pléiade d’acteurs tous aussi parfaits les uns que les autres: Ben Kingsley (génial psychiatre), Max von Sydow (docteur au passé douteux) et Ted Levine en inquiétant directeur de prison. Le tout dans une atmosphère étouffante et sur un choix musical détonnant.
Tatarak
Le réalisateur polonais Andrzej Wajda nous livre une œuvre cinématographique expérimentale et intense. Deux histoires se chevauchent dans Tatarak: tout d’abord les confidences réelles, dans un cadre sobre digne d’une toile de Hooper, d’une grande actrice polonaise (Krystyna Janda) sur la disparition de son époux, qui n’est autre que le chef opérateur attitré du cinéaste. Dans un monologue, la femme Krystyna raconte la difficile expérience de son couple lors du tournage du film de Wajda. C’est ce film-là que le spectateur visionne et qui étonne par une coïncidence troublante: le personnage féminin étant lui-même atteint d’une maladie incurable. Si la mort étant le principal sujet du film, Tatarak se veut une réelle ode à la vie: dans une nature chaude et estivale , les corps s’attirent et s’étreignent au bord d’une rivière: la vie est à sa plus forte intensité. Un film magnifique.

Un exécution ordinaire
L’histoire improbable de la rencontre d’un Staline vieillissant et d’Anna, une jeune médecin chargée de le soigner. En toile de fond, l’année 1952, et un contexte historique parfaitement reconstitué. Marc Dugain – qui adapte son propre roman – arrive avec beaucoup de crédibilité à insérer une histoire fictive dans la grande Histoire. Certains redouteront la langue française dans un film censé se passer en URSS et, surtout, dans la bouche d’un protagoniste historique. Le cinéma hollywoodien le fait bien sans complexe, alors pourquoi pas ce film? D’autant plus que le spectateur rentre rapidement dans le récit. La surprise du film, c’est la performance exceptionnelle d’André Dussolier en Joseph Staline: la posture, la voix, le regard… Impressionnant ! Marina Hands, très jolie camarade soviétique, et Edouard Baer complètent un casting surprenant, dans un film qui ne l’est pas moins. Tourné et Roumanie et en Russie, Marc Dugain réussit à retrouver une atmosphère désuette (les décors sont sobres) et tamisée.

Le Refuge
Nouvel opus du prolifique et talentueux François Ozon, « le Refuge » est un film d’une grande finesse et d’une belle sensibilité porté par la lumineuse Isabelle Carré (réellement enceinte durant le tournage). L’histoire tragique d’une jeune femme droguée qui perd son compagnon d’une overdose et apprend à la fois sa maternité: ce qui devait être un deuil douloureux pour Mousse (Isabelle Carré) va peut-être l’amener vers le chemin de la maturité dans son refuge, une villa dans le Pays-Basque, en compagnie du frère de son compagnon décédé (Louis-Ronan Choisy, plus connu sous son nom de scène: Louis). Mousse va donc se chercher dans ce territoire inondé de lumière du bord de l’océan, redécouvrir sa féminité, désirer de nouveau, réapprendre à vivre. François Ozon, toujours très suggestif, accompagne son héroïne dans ses errements: au bord de la plage, à travers ses rencontres masculines, dans une discothèque – très hypnotique morceau « We don’t need people to be alone » de Superpitcher… Un très beau film qui renoue avec son chef d’œuvre: Sous le Sable.

Gainsbourg (vie héroïque)
Voici un film biographique qui s’en sort très bien, comparé aux biopics classiques qui rivalisent d’authenticité et de mimétisme. Joann Sfar, qui vient du monde de la bande-dessinée et qui en fait grandement bénéficier son film, a imaginé son personnage gainsbourien à lui. Le réalisateur a conté son récit en mettant l’accent sur l’enfance de Lucien Ginzburg, en évoquant ses émois, ses douleurs, ses peurs dans un Paris occupé. Le parti-pris d’un double du héros, surnommée « La Gueule », est une des trouvailles du film. Joann Sfar, habilement, n’a pas alourdi son film d’une bande son rétrospective de l’œuvre de Gainsbourg mais a fait réorchestrer ses chansons, ce qui personnalise le film et en fait son originalité. Mais le film atteint ses limites lorsque Gainsbourg devient Gainsbarre: le metteur en scène peine à retrouver son originalité et le film s’essouffle. Les personnages des parents en font des tonnes; Anna Mouglalis en Juliette Greco est décevante. Au contraire, la composition d’Eric Elmosnino est surprenante, sans jamais caricaturer le grand Serge. Laetitia Casta confirme ses choix artistiques et nous livre une Brigitte Bardot plus vraie que nature.
Le Bel Age
Un très beau film sur le fossé des générations entre Maurice, un grand-père bourru (touchant Michel Piccoli) et sa petite-fille Claire, renfrognée et fugueuse (Pauline Etienne qu’on avait vu dans le brillant « Élève Libre »). Le film comporte des longueurs et des tics souvent propres aux films français (trop longs silences et lenteurs). Mais pour son premier film, le réalisateur Laurent Perreau démontre un réel talent de mise en scène et une habilité au montage. Film sobre, certaines scènes du Bel Age sont des plus belles et des plus poétique: lorsque Maurice revient sur les lieux d’un drame qu’il a vécu jeune résistant tout en pensant à sa petite-fille qu’il rêve sur sa bicyclette… La fin du récit, très émotionnelle, confirme l’attachement du spectateur à cette histoire touchante et sensible.
The Proposition
L’excellente surprise de ce film tient en son genre trop rare: le western. Situé en Australie, le film oppose au 19ème siècle un Capitaine anglais, aux idéaux de civilisation, et une fratrie de gangsters. Un pacte secret sera conclut pour retrouver le grand frère sanguinaire en échange du jeune frère innocent, aux mains de l’armée. Sur un scénario et une musique de Nick Cave, le réalisateur John Hillcoat a bâti une œuvre classique ponctuée de moments de méditation et d’ode à la nature. Tous les acteurs sont excellents, en particulier Ray Winston (le Capitaine Stanley) et Guy Pearce (Charlie). L’apparition du grand John Hurt, en chasseur de prime délirant, est un des grands moments de ce film violent et captivant.
Après « Dernier Maquis » de Rabah Ameur-Zaimeche; on trouve dans « Adieu Gary », le film de Nassim Amaouche, une ambiance presque similaire: lenteur de l’action, poésie sociale, misère d’un monde ouvrier décadent, population immigrée à la recherche de son identité… Ce film esquisse également par touches sensibles l’intérieur de ce petit milieu, à la charnière d’un monde industriel finissant et d’une nouvelle ère (d’ailleurs, Nejma, joliment interprétée par Sabrina Ouazani, finit par s’exiler). Saluons Jean-Pierre Bacri et Dominique Reymond qui ont rejoint, avec tout leur talent qu’on leur doit, cette belle entreprise.
« La famille, c’est comme la merde : plus c’est proche et plus ça pue »: le ton est donné dès le début du film par le génial Nino Manfredi, patriarche radin, aigri et acariâtre d’une famille nombreuse dans un bidonville romain. La crasse n’est pas seulement installée dans l’environnement de cette famille populaire, elle est présente dans l’esprit de chacun des membres de la famille. Seuls les enfants, innocents et non corrompus, sont épargnés par les bassesses du monde adulte. Cependant, le film est un peu long à s’installer et manque de rythme; il prend tout son intérêt lorsque l’idée de vengeance naît chez les uns et les autres. Humour noir, trouvailles (les enfants parqués), scènes mythiques (le banquet familial)… « Affreux, Sales et Méchants » est un peu le pendant de « La Grande Bouffe » de Marco Ferreri: immondice, morbidité, rire gras et jaune…
L’exil et la difficile intégration aux Etats-Unis d’une mère palestinienne et de son fils adolescent, tel est le sujet de cette belle surprise qu’est Amerrika. Sensible, parfois gentiment naïf, excellemment interprété (l’attachante Nisreen Faour dans le rôle de Muna et la toujours très convaincante Hiam Abbass), Amerrika est aussi le portrait de l’Amérique des années Bush, qui amalgame le peuple arabe et le terrorisme.
Belle évocation par Robert Guédiguian d’un pan de la résistance à l’occupant nazi durant la dernière guerre mondiale. Ce groupe de résistants, mené par Manouchian, préconisait la terreur et l’assassinat de soldats allemands. Et provoquait par ces actes terroristes l’assassinat de prisonniers français par les nazis. C’est tout le dilemme de ces actes de résistance par des personnalités marginalisées (arméniens, juifs, polonais) et tant épris des idéaux de la République que le cinéaste soulève avec finesse. Simon Abkarian, comme toujours, occupe toute la place de l’écran par sa présence imposante.
Effrayante descente dans les abysses de la névrose, « L’Autre » est porté par le jeu troublant de Dominique Blanc. Après un démarrage un peu brouillon, le film prend une dimension étrange et hallucinante: dans la jungle urbaine, faite de bruits, d’aller-retour dans les transports, de misère sociale, de centres commerciaux, Anne-Marie plonge à la suite d’une rupture amoureuse dans une dépression maniaco-obsessionnelle. Ce film surprenant, à la réalisation étudiée, donne à réfléchir sur le vide affectif, la solitude et l’absurdité de l’existence. Un cinéma rare.
Un barrage contre le Pacifique 
Un beau drame, une Isabelle Huppert – comme toujours – irréprochable, Gaspard Ulliel et la jolie Astrid Berges-Frisbey convaincants, une réalisation sobre et sans mélo. Mais le film de Rithy Panh reste un peu trop sage et manque d’audace. A noter, la belle partition de Marc Marder.
Le Chabrol nouveau est arrivé! Avec, on peut le dire, un argument de poids: Gérard Depardieu en commissaire Bellamy, ogre et ours à la fois. L’intrigue, classique voire banale pour un polar, est volontairement mise sur le côté de la route. Ce n’est pas ce qui intéresse Chacha: davantage la psychologie des personnages, leurs fêlures et faiblesses derrière le masque de monsieur tout-le-monde. On sent ici la pâte du premier Georges: Simenon. « Bellamy » se déroule dans le sud de la France, à Sète et à Nîmes, pays du second Georges: Brassens. Le film de Chabrol leur est dédié. Un prétexte de vacances dans le sud pour le commissaire et sa famille sert de révélateur au personnage principal du film, c’est l’astuce de Chabrol pour scruter l’inconscient de son bonhomme de Bellamy. Les dialogues savoureux et les cocasseries de Chabrol feront oublier un final brouillon.
Riad Satouf, qu’on a toujours plaisir à lire dans « La Vie secrète des jeunes » dans Charlie-Hebdo, a réussit son passage au long-métrage: il évite ainsi l’accumulation de saynètes et de gags pour construire un scénario amusant sur cet état compliqué qu’est l’adolescence et les premiers émois. Ce n’est ni « La Boum », ni « Diabolo-Menthe », ni « Profs »… C’est un film qui se met à hauteur de ses personnages et de leur environnement. Tout est bien vu et bien croqué, des élèves aux profs (Emmanuelle Devos délirante) en passant par une mère encombrante (Noémie Lvovsky). Un vrai plaisir!
Qui a dit que les « vieux » films étaient lents et ennuyeux? Voici le tonitruant « Ces messieurs dames », au rythme effréné (on pense au « Fanfaron » de Dino Risi) et à la critique acerbe des petits notables de province. C’est de la comédie italienne, certes (un peu bavarde), mais « Signore & signori » vaut le détour puisqu’il ressort sur grand écran. Entre sauteries et coucheries, ces bourgeois-là sont à la fois sympathiques mais tellement grotesques, avares et immondes (lorsqu’ils draguent, ils ne distinguent même plus une gamine d’une femme). Les femmes, elles, ne sont pas en reste, puisque lorsqu’elles ne sont pas cul-bénies ou avares, elles sont nymphomanes… De ce tas-là, tentent de sortir Osvaldo et Miléna (la très belle Virna Lisi). Savoureux!
Haletante poursuite d’un serial-killer le temps d’une nuit à Séoul, « The Chaser » reprend avec brio les genres cinématographiques les plus noirs: le polar, le thriller, le film d’angoisse, voire le gore. Un brillant scénario avec de surprenantes ruptures de rythmes, de l’humour et du burlesque (qui rappelle « The Host »), de l’ambiance très noire (on pense à « Memories of Murderer »), ce premier film de Na Hong-Jin bouscule toutefois les règles du genre: le meurtrier est dévoilé dès le début du film. C’est toute la suite du récit, qui réussit à tenir en haleine le spectateur, et qui voit son héros à la recherche d’une vérité toujours repoussée. Parfois à la limite du supportable, servi par de brillants acteurs, une partition musicale à la fois puissante et discrète, ce nouvel opus du cinéma coréen est brillamment réussi.
Che – 1ère partie : L’Argentin 
Le talentueux Steven Soderbergh nous livre un film intelligent et aux antipodes de ce que les biopics d’Hollywood nous présentent habituellement. Le film est en langue espagnole, c’est essentiel. Le montage du film (alternance entre déclarations du Che et scènes de guérillas) est audacieux. Le réalisateur a su ne pas tomber dans le piège de l’idéalisation du héros: le Che (puissamment joué par Benicio Del Toro) est un homme avec forces et faiblesses, la réalisation sèche et sobre, la musique apaisée. On pense à « la 317ème section » (film de guerre avec ses lenteurs sublimes). Cette première partie du « Che » est une excellente surprise.
Deuxième partie du Che, très maîtrisée, sans emphase. Nous sommes transportés au cœur de la guérilla, au cœur des exigences de l’impossible. Où l’on comprend pourquoi le Che, seul contre tous, sans l’appui des paysans boliviens, traqué par les militaires et les américains, a bel et bien vu sa révolution avortée, ses rêves inachevés. Benicio del Toro est incontestablement le plus grand acteur du moment.
Anne Fontaine, brillante réalisatrice qui tisse un chemin singulier dans le cinéma français – entre film intime et grand public, réussit le pari du biopic. Au lieu de raconter platement la vie de Chanel, Anne Fontaine se focalise sur les ambitions et les sentiments de la jeune Gabrielle, avide de conquérir le tout-Paris des années 20 et 30. C’est le trio amoureux (Chanel, Balsan, Capel) et les différences de classes sociales que la réalisatrice a choisit de raconter. Sur les jolies mélodies du prolifique Alexandre Desplat (successeur de Maurice Jarre?), Audrey Tautou, fragile et forte à la fois, se fond littéralement dans le personnage de Coco et Benoît Poelvoorde surprend de plus en plus depuis « Entre ses mains » et « Cowboy ». Un très bon moment de cinéma, une époque joliment reconstituée et une belle intrigue amoureuse.
Un peu déçu par les derniers films engagés mais maladroits de Bertrand Tavernier, c’est avec une grande joie qu’on découvre le réalisateur lyonnais en pleine forme. Son adaptation du polar de James Lee Burke est magistrale: on pense au meilleurs des frères Cohen et de Scorsese (Cape Fear en particulier). Ambiance oppressante des bayous de Louisiane, tueur en série sadique, prostituées et voyous véreux (très grande composition de John Goodman) et dans le rôle du flic justicier missionnaire, Tommy Lee Jones, le visage raviné, incarne Dave Robicheaux avec justesse et sensibilité. Quant à Marco Beltrami, il nous offre une excellente partition musicale digne des grands thrillers. Tavernier a mis en scène un polar haletant et hypnotique: une réussite.
Si la nostalgie des séries B jadis programmées dans les cinoches de quartier vous tient, allez voir l’imposante carrure de Depardieu, en roue libre dans « Diamant 13″. Scénario écrit à la va-vite, décors cheap pour faire polar, flingues et coups de poing, jolies femmes (toutes amoureuses – bien entendu – du solitaire et blasé Gérard), intrigue improbable, etc. Il y a une ambiance 80’s, il y a Depardieu qui souffle comme une bête… Un film comme on en fait plus.
Succulent Marcello Mastroianni dans cette savoureuse comédie amorale et grinçante: comment se débarrasser de son épouse pour une jeunette aguichante (croquante Stefania Sandrelli) dans la Sicile des années 60, encore à l’heure des veilles lois de l’honneur conjugal. Oscar du scénario en 1963, le film n’a pas pris une ride; la performance de Mastroianni, avec son fameux rictus et son élégance raffinée, mérite à elle-seule de se précipiter (re)découvrir cette pépite de Pietro Germi.
La réalisation hyper-maîtrisée et bluffante de Paolo Sorrentino (qui nous en avait déjà subjugué sur « Les Conséquences de l’Amour ») ne cache pas un certain creux quant au scénario-puzzle de « Il Divo ». Pas facile de retracer (même en partie) les liens supposés de Giulio Andreotti avec la mafia italienne. Pas facile non plus de pénétrer à l’intérieur d’un personnage aussi secret que impassible. Ce film politique tient son originalité pas le traitement ingénieux que le réalisateur en fait, quitte à parfois perdre quelques spectateurs en route et à forcer le trait jusqu’à la caricature. Paolo Sorrentino arrive à en tirer un constat amer et cynique sur la classe politique italienne et ses collusions avec les affaires. Toni Servillo est magistral.
Après le très bon « Nue Propriété », Joachim Lafosse confirme son goût pour les atmosphères troubles. « Élève libre » est, sans voyeurisme aucun, une fine réflexion sur le désir et les transgressions d’un adolescent manipulé par des adultes libertins (attachant trio mené par Jonathan Zaccaï). Après un début un peu trop ralenti, on passe d’un récit savoureux initiatique à une manipulation masquée, et c’est plutôt bien vu. Le réalisateur décrit avec beaucoup de sensibilité les émois amoureux des deux jeunes adolescents (le garçon est joué par le prometteur Jonas Bloquet). Dérangeant, parce que le film de Lafosse amène à une réflexion sur la sexualité et son libre arbitre.
Admirable Fanfaron incarné par le déchaîné, bavard et insolent Vittorio Gassman… Derrière cette énergique comédie du début des années 60 se cache une fine analyse d’une société italienne en pleine « modernité » trompeuse: les grandes plages, les fêtes, les vacances, les voitures et les routes ne cachent pas la solitude et le mal-être d’une génération qui, 15 ans seulement après une guerre qu’elle veut oublier, a accès à tout le matérialisme ambiant. La lumineuse beauté moderne de Catherine Spaak et la touchante naïveté de Jean-Louis Trintignant accompagnent notre Fanfaron sur les routes de Rome et sa région, un 15 août 1962…
Voici un cinéma intelligent: partant d’un fait divers qui a ému la France, André Techiné sonde les origines de la mystification: comment en vient-on à inventer une histoire d’agression antisémite et en perdre totalement le contrôle? C’est bien dans la cellule familiale et l’environnement de Jeanne (Emilie Dequenne, très crédible) que le cinéaste virtuose (les plans et le montage sont savamment travaillés) trouve les origines d’un tel acte: la solitude, un parent absent, le repli sur soi, le monde professionnel inaccessible … Autour de Jeanne gravitent une intéressante panoplie de personnages. La religion juive, les amours inabouties (savoureux duo Michel Blanc / Catherine Deneuve), les couples défaits qui se refont (l’impériale Ronit Elkabetz et Mathieu Demy) sont évoqués par touches subtiles. Comme toujours, Philippe Sarde compose une musique forte, délicate et poignante.
Quand un ancien de la guerre de Corée (Clint Eastwood alias Walt Kowalski), vieil ours mal léché, raciste et misanthrope, voit sa vie changer grâce à ses voisins asiatiques, ça donne « Gran Torino ». A la fois récit initiatique et surprenante apologie de la vengeance, le film monte en tension jusqu’au poignant final. Le bémol du film: le jeune prêtre et l’entourage familial dans l’attente de son héritage, sont décrits de manière trop caricaturale. Le cinéaste Eastwood sait également manier humour et tendresse dans cette histoire subtile qui pose intelligemment le problème de l’intégration des ethnies aux Etats-Unis où chaque communauté vit cloisonnée et ne se rencontre pas.
Consternant de bêtise, d’humour pas drôle, de clichés sixties, baba cool et rock… A éviter.
Trois portraits de femmes et d’hommes à Naples, Milan et Rome dans cette comédie typique à l’italienne datant de 1963. Le film vaut surtout grâce au jeu exceptionnel de Sophia Loren et Marcello Mastroianni, resplendissants de jeunesse et de beauté. Les trois rôles qu’ils interprètent magistralement sont truculents, parfois doux-amers. Mais le film, un peu vieilli, pêche par la trop grande longueur de ses sketches et les traits sont beaucoup trop forcés. Vittorio de Sica rend cependant un bel hommage à l’Italie et au caractère très latin (charme, séduction, mauvaise foi, …) des italiens.
Pour les aficionados de Tarantino, mais pas seulement, «
Inglorious Basterds » est enfin libéré des trop nombreux effets formels du cinéaste américain. A vouloir trop rendre hommage à ses films de chevets, le cinéaste déjanté commençait à plagier ses maîtres… et à lasser une partie de son public. Ce n’est pas le cas de cet opus-là: des vraies scènes d’actions et de tension (mémorable scène d’officiers allemands et d’américains infiltrés dans une auberge) parcourent ce film au scénario audacieux (un attentat complètement fictif contre Hitler). La mayonnaise prend parfaitement, parfois un peu trop lentement. Le film de Tarantino rend un bel hommage au cinéma et font des salles de cinéma un vrai héros! Le polyglotte Christoph Waltz (le Colonel Hans Landa) est la révélation du film (prix d’interprétation à Cannes 2009) tandis que Mélanie Laurent est estompée par la formidable Diane Kruger.
Après le difficile « Mon Trésor », la réalisatrice israélienne revient avec un beau film émouvant. Sur une trame assez classique (l’impossible amour entre deux communautés) à la réalisation très orientaliste (zooms fréquents et montage lent), Keren Yedaya arrive avec beaucoup de simplicité à faire exploser tout ce petit microcosme au fragile équilibre: un propriétaire juif d’un garage de Jaffa et sa famille d’un côté (extraordinaire Moni Moshonov vu dans « La Nuit nous appartient » et « Two Lovers » ainsi que l’irradiante Ronit Elkabetz), un jeune palestinien et son père de l’autre. Entre eux, Mali (Dana Ivgy), cette jeune femme qui va lutter seule contre tous pour construire sa vie. « Jaffa » est avant tout le portrait d’une jeune femme libre dans un monde de traditions. Magnifique final.
Je suis heureux que ma mère soit vivante
Claude Miller et son fils Nathan adaptent un fait-divers relaté par l’indispensable Emmanuel Carrère (Miller lui-même avait déjà mis en image le roman « La Classe de Neige »). L’histoire, pas banale, d’un fils abandonné par sa mère étant jeune, qui se met en quête de la retrouver malgré l’amour que leur portent ses nouveaux parents (émouvants Christine Citti et Yves Verhoeven) va prendre une tournure inattendue: relations orageuses, œdipiennes et tragiques. On retrouve un cinéaste en grande forme, qui adopte une réalisation simple, sèche et sensible dans un film porté par deux acteurs magnifiques: Vincent Rottiers et Sophie Cattani. Un film dur, certes, mais beau par l’amour désespéré qu’essaie de trouver Thomas, son héros.
Belle et violente confrontation féminine sur fond de musique classique entre la possessive Emma (Isild Le Besco, troublante) et l’ingénue Marie (la belle Judith Davis, à la peau laiteuse et aux lèvres pourprées…). La réalisatrice (qui raconte ses propres souvenirs) arrive parfaitement à semer le trouble chez ses personnages: Marie n’est pas totalement la victime d’Emma, cette dernière n’est pas totalement un monstre dévorant… Le film de Sophie Laloy évoque finement les amitiés particulières et les passions homosexuelles des jeunes adultes au sortir de l’adolescence. Le côté thriller n’est pas totalement abouti, mais répétons-le: les deux actrices sont excellentes et portent ce joli film.
D’une réelle énergie, et avec une grande actrice qui est là où on ne l’attend pas, « La journée de la jupe » a le mérite de poser de vrais questions de société: l’insupportable machisme ambiant, la laïcité oubliée, l’autorité ébranlée, l’absence totale de respect d’autrui, l’intégration qui ne se fait pas, etc. Mais ce qui aurait du (et pu) être un brillant huis-clos (le face-à-face entre élèves et prof) se trouve miné par un scénario bancal et des historiettes de ministre et de flics (malgré Denis Podalydès qui fait ce qu’il peut et l’irrésistible Jackie Berroyer). Saluons tout de même le courage de « La jupe ».
8 mai 1938: c’est la venue à Rome d’Adolf Hitler reçu en grandes pompes par Benito Mussolini. C’est aussi dans le film d’Ettore Scola, la journée d’une rencontre entre deux solitudes: celle d’une mère au foyer avec son voisin homosexuel. Après d’incroyable images d’archives (l’immense foule romaine), Ettore Scola déroule sa touchante histoire avec finesse, fluidité et énergie. On notera les impressionnants travellings dans ce décor d’immeuble des années 30, ses champs et contre-champs, etc. Cette rencontre permet au réalisateur d’évoquer le statut des femmes, soumises et reléguées au second plan, dans cette société de l’exaltation du mâle et de la virilité. Quant aux homosexuels, à défaut d’être rejetés, ils étaient chassés et incarcérés. Le duo d’acteurs, à lui seul, est au sommet: Sophia Loren, frustrée, humiliée et souffrant de sa misère sexuelle; Marcello Mastroianni, tout simplement immense.
Georges Franju, à qui l’on doit les célèbres « Yeux sans Visages » rend hommage dans Judex aux serials muets de son maître, Louis Feuillade. Cela se ressent dans le film (sorti en 1963, l’action se passe dans les années 1910, les années du muet et des Fantomas): l’intrigue n’est pas forcément la plus palpitante qu’il soit, mais la lente mise en scène et les fabuleux décors donnent une impression poétique et désuète. Il y a des moments de cinéma très forts, en particulier le bal costumé (les convives arborent des masques d’oiseaux), où Judex, sorte de Robin des Bois, s’introduit dans le château et exécute un numéro de prestidigitation avec des colombes… Sur une musique de Maurice Jarre (qui avait déjà mis en musique « Les Yeux sans Visage » ), « Judex » vaut par de superbes scènes, tant poétiques qu’esthétiques: des hommes vêtus de noirs qui escaladent un immeuble, deux femmes qui se poursuivent sur les toits de Paris, etc. Un beau parti pris de la part d’un cinéaste libre.
Grolandais pur et dur, c’est à dire jubilatoire mais parfois inégal, le film de Gustave Kervern et Benoît Delépine, part d’un postulat qui tombe à point en ces temps de crise financière: des ouvrières du nord de la France décident de rechercher (et éliminer) le patron-voyou coupable d’avoir subtilisé leur outil de travail et d’avoir fermé leur usine. La meneuse (excellente Yolande Moreau, déjà éblouissante dans Séraphine) va s’adjoindre les services d’un piteux tueur à gages (Bouli Lanners). « Louise-Michel » est un film décalé, méchant (des scènes où l’humour noir est poussé très loin) mais pas bête pour un sou. Et ses interprètes (souvent grolandais) sont irrésistibles (le génial Francis Kuntz, le Président Salengro, Benoît Poelvoorde, Albert Dupontel, etc.). Le ton décalé, les scènes absurdes et hilarantes (Yolande Moreau regardant à la télévision un film d’animation pour enfants, le patron de Nin-Nin International, etc.) en font un film-ovni décapant.
Film d’animation australien en pâte à modeler, « Mary et Max » sort du lot en s’adressant à une cible plutôt adulte: l’univers dans lequel évoluent nos anti-héros n’a rien d’attirant: lugubre voire dépressif… Ce n’est pas « Wallace et Gromit », mais une certaine dose d’humour (noir) traverse tout de même ce brillant film d’Adam Elliot. Les deux héros, marqués par la différence (une fillette renfermée de 9 ans et un quarantenaire dérangé) ont à se partager – l’une en Australie, l’autre à New-York – que leur triste solitude et leur mélancolie. Tout n’est pas sombre non plus, puisqu’on sort optimiste de cet merveille d’animation.
Un brin de pessimisme à Hollywood, sans une traditionnelle happy end, ça existe encore avec ces « Noces Rebelles ». Il est vrai qu’on ressort de la salle avec une étrange amertume: le film a réussit à provoquer un malaise existentiel chez le spectateur. Le jeune couple que forment Kate Winslet (parfaite, mais le rôle est forcé) et Léonardo DiCaprio dans l’Amérique des années 50, où le consumérisme laisse la place aux idéaux, demeure très crédible dans ses désillusions et ses aspirations. La subtile histoire tirée d’une œuvre de Richard Yates est malheureusement alourdie par une mise en scène insistante et affectée.
Bonne suite de l’espion ringard OSS 117, même si le scénario tourne un peu en rond et s’alourdit à la fin du film, un effort est fait sur les costumes, décors, jeux des acteurs (excellent Jean Dujardin qui brocarde les films des années 60). Louise Monot, charmante, tient parfaitement la route face au détestable et grotesque Hubert. Courageux, le réalisateur et ses scénaristes s’aventurent ingénieusement dans le politiquement incorrect (les blagues racistes d’OSS), ce qui nous change des comédies de ces dernières années, trop souvent plates.
Mia Hansen-Love avait déjà surpris son monde avec le très touchant « Tout est pardonné », un premier long-métrage époustouflant de sensibilité et de maturité. Déjà, ce film montrait une cellule familiale brisée et une quête d’identité de la part de la jeune adulte. On assiste avec « le Père de mes enfants » à un homme dépassé par sa vie professionnelle et, n’y tenant plus, mettant fin à ses jours. Mais la famille est plus forte que tout: la veuve et ses jeunes filles tenteront de dépasser l’absence du pilier de la famille. Ce père de famille, qui ressemble au défunt producteur de cinéma Humbert Balsan, est interprété par Louis-Do de Lencquesaing, admirable acteur, entier et imposant. Sa famille – sa femme interprétée par Chiara Caselli, et ses superbes filles – jouent également un rôle-moteur dans ce film en hommage à tous les hommes et femmes passionnés qui s’investissent dans des projets iconoclastes et risqués. « Le Père de mes enfants » n’est donc pas tant un film sur le cinéma et le métier de producteur mais bien un admirable journal intime d’un père, d’une mère et de leurs enfants.
Jolie découverte que ce film sur l’enfance, ses errances, ses peurs. Le thème effrayant de l’enfant perdu dans la ville, au milieu d’une fête foraine (symbole des illusions et des joies éphémères) est superbement abordé. Les deux enfants sont exceptionnels de naturel; le beau noir et blanc de la pellicule sublime cette histoire simple. Le film était programmé en VF (pour le jeune public annonçait le cinéma): les séniors étaient largement majoritaires!
« Ponyo sur la falaise », mignon petit Miyazaki, est surtout destiné aux enfants contrairement aux précédents films du grand maître de l’animation. Dessin animé très classique (même dans sa technique, ce qui n’est pas plus mal), parfois un peu long, Miyazaki n’est jamais aussi bon que lorsqu’il s’aventure dans l’imaginaire: le monde caché sous l’eau, beau et féérique, est fascinant. Les vagues aux allures humaines, transportant Ponyo, sont une réelle trouvaille. Et bien sûr, la partition musicale de Joe Hisaishi ravit l’oreille et transcende le film.
Ce film tant attendu de Jacques Audiard mérite très entièrement l’aura qu’il possédait avant son exploitation. Ce « Scarface à la Française » (on pense à l’irrésistible ascension de Tony Montana-Al Pacino) est, comme d’habitude chez Audiard, très maîtrisé par la caméra du cinéaste au chapeau noir. Même si on peut s’étonner de certaines libertés, la vie carcérale surprend et horrifie par sa violence et sa froideur. Entre polar, film d’action et scènes oniriques, un savoureux mélange attend le spectateur qui retrouve ces grands films d’action des années 70. La direction d’acteur du « Prophète » prend tout son sens dans le personnage de Tahar Rahim: ultra-crédible, il n’en fait jamais trop. Et que dire de Niels Arestrup? Son froid magnétisme pourrait faire de lui le véritable héros du « Prophète »: parrain corse violent et ultra-respecté, sa chute n’en n’est pas moins pitoyable. Jacques Audiard parvient à ce que peu de cinéastes français réussissent: un film d’auteur pour le grand public.

Après l’excellente trilogie « Un couple épatant », « Cavale », « Après la vie » mais le décevant « La raison du plus faible », Lucas Belvaux revient dans un film mi-polar, mi-politique. Et le choix d’Yvan Attal s’avère judicieux: l’acteur, très convaincant, confirme sont grand talent. Malgré des maladresses (la famille de Stanislas Graff est beaucoup trop caricaturale: la femme, les enfants, la belle-mère… pfff) et certains moments d’ennui réel (le rythme est trop souvent cassé), « Rapt » convainc cependant sur deux thèmes: l’enlèvement (qui est tiré de l’histoire vraie du Baron Empain) et les guerres de pouvoir au sein de l’Entreprise. lorsqu’un d’une de ses têtes est mise à mal. C’est ce dernier point qui aurait mérité d’être davantage relaté.
Comment décrire un film qui, à la fois montre les horreurs de la guerre, mais est tout autant emprunt de poésie…? Jamais un film n’est allé si loin dans la beauté de la guerre (scènes idylliques de pluie en forêt) et dans son insoutenable atrocité (le film montre un Oradour biélorusse). Superbement filmé (incroyable caméra steadycam qui suit ses personnages à la trace) dans des décors de villages et forêts perdues de Biélorussie, dans de la pluie, du brouillard, du feu, Requiem pour un Massacre ne peut que marquer les esprits. Voici une véritable œuvre d’art du réalisateur Elem Klimov qui dénonce l’inhumanité, colle au plus près de la réalité, sans jamais faire de son film documentaire ni un film trop léché: le 7ème Art dans sa quintessence. Concernant la musique, le compositeur a évité une mélodie pathétique pour travailler des ambiances sonores assourdissantes et étouffantes. Le jeune Alexei Kravtchenko, dans le rôle principal, entre innocence, folie et rage est époustouflant. 2h20 de film qu’on ne voit pas passer. Un véritable chef d’œuvre.
Ovni cinématographique, « Le Roi de l’évasion » est une comédie hors-norme dans le cinéma actuel: scénario loufoque, acteurs atypiques, inventions délirantes (les racines aphrodisiaques)… et le thème de l’homosexualité vu sous un angle champêtre et libertin! Même s’il faut un temps d’adaptation pour rentrer dans ce monde loufoque (le spectateur peut tout de même se perdre en chemin), le film d’Alain Guiraudie a le mérite d’exister dans un cinéma qui fait peu de places aux œuvres qui sortent des sentiers battus. Les acteurs sont tous excellents: Hafsia Herzi, de films en films, confirme son immense talent; François Clavier (le commissaire) est irrésistible. Il faut voir aussi dans ce film un bel hommage aux films anarchistes et libertaires de Jean-Pierre Mocky.
Après l’excellent »Caché », le cinéaste autrichien Michael Haneke revient avec une Palme d’Or entièrement méritée: son « Ruban blanc » est un œuvre magnifique à la beauté vénéneuse. L’histoire, digne d’un thriller psychologique, raconte les tensions et les accidents qui surviennent dans un village agricole d’Allemagne du nord à la veille de la Première Guerre Mondiale. Dans un très beau noir et blanc, le cinéaste contemple les habitants, adultes comme enfants, nobles comme paysans, qui sont confrontés à des phénomènes étranges. Dans un scénario très suggestif (le grand Jean-Claude Carrière y a participé), le cinéaste ne se préoccupe pas tant d’une recherche de la vérité. Il enquête sur les personnalités sombres, austères, complexes des parents qui engendrent des enfants brimés et vengeurs. Lent mais jamais ennuyeux, brillant et intelligent, « Le Ruban blanc » est un film captivant, ultra-maîtrisé d’un des plus grands cinéastes.
Malgré une installation assez lente, ce beau film du réalisateur de l’excellent « Nobody Knows » est une magnifique observation des petites choses de la vie, de la transmission filiale, des non-dits en famille, du temps qui passe. Un temps, justement ici, que le spectateur doit prendre pour accrocher totalement à Still Walking.
Scénario apocalyptique de série B, capharnaüm de bruitage et musique, effets spéciaux impressionnants: ce Terminator-là tient bien la route même s’il ne révolutionne pas la série.
Johnnie To, on le sait, est le maître incontesté du polar d’aujourd’hui, comme l’était en son temps Jean-Pierre Melville auquel « Vengeance » fait souvent référence. Costello (Johnny Hallyday, surprenant de sobriété), héros solitaire et fatigué, est à la recherche des meurtriers de sa famille. La première partie de ce film-ovni (ce genre de films d’Hongkong peut rebuter) est virtuose: la rencontre entre Costello et ses acolytes est brillante et cocasse. Le soufflé retombe un peu dans la deuxième partie lorsque le héros ère sur une plage (scène onirique belle et kitsch à la fois). Même si pour le spectateur français, l’image du chanteur est difficile à oublier, Johnny Hallyday nous livre une belle prestation. Le toujours brillant Johnnie To a l’art et la manière de filmer Hongkong sous la pluie (magnifique scène de Costello seul sous une nuée de parapluies), sous les balles de revolver, sous tous les angles. Souvent avec humour: le cinéaste ne s’est jamais pris au sérieux. Toujours avec brio: une réalisation hyper-maîtrisée et des trouvailles scénaristiques (un vengeur confronté à sa mémoire). Le héros est entouré, pour notre plus grand bonheur, des fidèles et charismatiques acteurs fétiches du réalisateur: Simon Yam et Anthony Wong Chau-Sang. Oubliez Hollywood et bienvenue dans l’œuvre de Mister To.
Une nouvelle fois, Benoît Jacquot filme avec une maîtrise et une liberté totale les femmes, leurs émois, leurs détermination à se dépasser elles-mêmes. Une nouvelle fois aussi, Isabelle Huppert se fond totalement, frénétiquement, dans le personnage du très bon roman de Pascal Quignard. Benoît Jacquot a pris le parti d’une adaptation à la fois assez fidèle (dans la première partie notamment) mais également très personnelle: il s’est davantage attaché, sans vouloir l’expliquer absolument, à la rupture de cette femme vis-à-vis de son environnement. Le surprenant thème musical de Bruno Coulais, très différent de ses compositions habituelles, accompagne avec violence et effroi l’agitation d’Ann Hiden, mais également ses moments plus paisibles. L’intelligence du montage du film (sec et extrêmement fluide au début, plus apaisé à la fin), les très grands comédiens (on retrouve un Jean-Hugues Anglade fragile comme on l’a rarement vu; Maya Sensa irradie l’île d’Ischia) et la beauté des images font de « Villa Amalia » une très belle oeuvre de Benoît Jacquot.
Une époustouflante leçon de cinéma par un grand cinéaste italien, Marco Bellocchio. Il y a d’abord l’histoire, vraie et méconnue de cette femme, Ida Dalser, maîtresse et mère du fils aîné de Benito Mussolini, qui vouera sa passion et sa vie au Duce. Bellocchio, avec finesse, dessine une liaison tumultueuse mais vouée à l’échec lorsque la Grande Histoire s’en mêle. Et que le Dictateur prend la place de l’amant. Avec un sens du montage incroyable, des insertions d’images d’archives, un rythme flamboyant, le cinéaste réussit de conter, sans mélo, la passion en ces temps tourmentés. La réalisation de « Vincere » est brillante: les savants plans de Marco Bellocchio suivent au plus près les protagonistes et sont dignes des grands maîtres du cinéma, tels Akira Kurosawa. La très flamboyante partition musicale de Carlo Crivelli, aux influences de Leonard Bernstein, et celle de Philip Glass ajoutent un rythme épique au film, sans jamais l’alourdir. Filippo Timi, qui joue Mussolini, est excellent sans tomber dans l’imitation. Et Ida Dalser, c’est la belle Giovanna Mezzogiorno qui l’incarne: cette actrice, qui déjà illuminait « Juste un Baiser » n’a jamais été aussi rayonnante et convaincante. Une magnifique actrice dans un très grand film.
Evocation fictive et romancée du drame que vivent les clandestins depuis la fermeture de Sangatte. Habilement, Philippe Lioret filme en même temps la déchirure du couple Audrey Dana / Vincent Lindon confrontés à la misère sociale de cette partie de la France. Le cinéaste a évité tout pathos et nous montre Vincent Lindon dans un de ses meilleurs rôles (avec « La Moustache » d’Emmanuel Carrère, film trop méconnu). La belle Audrey Dana et Firat Ayverdi convainquent dans cette œuvre poignante que certains médias ont jugés à tort démagogique.










































