Corniche Kennedy, un film de Dominique Cabrera

Sauter dans la grande bleue. C’est ce que font durant les beaux jours ces « minots de Marseille » depuis la Corniche Kennedy, un bout de terre coincé entre mer et villas agrippées à la colline. On est à Marseille, ville solaire, où un groupe d’adolescents descend quotidiennement des « quartiers » pour venir se baigner, fanfaronner devant les badauds et s’adonner au farniente. Suzanne (Lola Créton), issue de la bourgeoisie, totalement aimantée par les jeunes gens, leurs sauts périlleux, leurs corps sculptés et leur liberté rejoint le groupe.

Adapté d’une nouvelle de Maylis de Kerangal, le nouveau film de la réalisatrice de fictions et de documentaires Dominique Cabrera porte un regard lumineux sur l’adolescence. Elle y décrit une jeunesse follement vivante mais liée à sa condition sociale à l’avenir incertain.

Malgré les grands frères en prison, malgré les pères absents, malgré un horizon brouillé, Marco, Mehdi, Mélissa, Hamza et les autres sautent des rochers de la Corniche Kennedy. Sur ce bout de terre, ils sont les héros de Marseille, les héros de leur vie.

« Corniche Kennedy » est porté par ce groupe d’adolescents qui a contribué avec la cinéaste à l’écriture des dialogues. Marco (Kamel Kadri) et Mehdi (Alain Demaria) sont les deux protagonistes principaux du film. Attachants, lumineux, ils incarnent une jeunesse qui ne désespère pas d’avancer à l’heure du passage vers l’état d’adulte.

Comme dans une société initiatique, Suzanne est admise parmi eux: elle a sauté depuis la corniche. Des liens fraternels, des transports amoureux vont ainsi se constituer au sein du groupe. Tel un trio à la « Jules et Jim », Marco, Mehdi et Suzanne vont s’aimer sur ce territoire fait d’eau salée, de rochers escarpés et de végétation aride.

Malgré quelques apartés pas forcément nécessaires sous la forme d’un thriller, Dominique Cabrera réussit dans un unique espace géographique et temporel à regarder sous un autre angle une jeunesse à l’avenir incertain. Irradiante, Lola Créton promène son corps doré, sa sensualité et sa nonchalance comme déjà elle illuminait ses précédents films dont « Un amour de jeunesse » et « Après mai« . Cette fille-là est décidément étonnante.