Faute d'amour, un film d'Andrei Zviaguintsev

Aliocha est parti. Fils unique d’un couple en instance de divorce, le jeune garçon de douze ans décide de quitter le foyer familial. « N’importe où, hors de ce monde » pour reprendre les mots de Charles Baudelaire et pour illustrer la fuite d’Aliocha devant la laideur qu’offre au futur adulte notre société occidentale.

Le cinéaste russe, sûrement celui le plus en vue actuellement, est reparti du dernier Festival de Cannes auréolé du Prix du Jury. Andreï Zviaguintsev demeure désormais incontournable: sa filmographie – cinq films, cinq grandes œuvres – recèle de bijoux cinématographiques dont la beauté des images et la dureté du propos restent ancrées dans nos mémoires. Depuis « Le Retour » jusqu’au récent « Leviathan« , Andreï Zviaguintsev conte le récit russe des désillusions et des amertumes de nos contemporains.

« Faute d’amour » est une oraison funèbre de notre société d’aujourd’hui où l’individualisme, l’égoïsme et l’égocentrisme dominent les âmes, aussi russes soient-elles. Le thriller vers lequel le virtuose cinéaste nous conduit n’est en fin de compte qu’un prétexte pour mener ses protagonistes, parents et amants, face à eux-mêmes.

Oeuvre sombre, Andreï Zviaguintsev ne croit pas en l’homme: le père (Alexeï Rozin) est un ectoplasme amorphe et carriériste, la mère (Maryana Spivak) une coiffeuse arriviste et la maîtresse (Marina Vasilyeva) une jolie idiote. Rien ni personne pour les sauver, sauf peut-être la fuite d’Aliocha.