Furyo, un film de Nagisa Oshima

2015, l’année David Bowie. Et l’année Nagisa Oshima. Alors que le premier bénéficie d’une exposition à la Philarmonie de Paris, le second fait l’objet d’une rétrospective à la Cinémathèque Française. C’est l’occasion de voir ou revoir « Furyo », un film sorti sur le grand écran en 1983 et qui bénéficie d’une nouvelle diffusion en salles dans une version restaurée.

L’action de « Furyo » se situe dans un camps de prisonniers à Java en 1942. Différents soldats, certains malades, sont surveillés d’une main de fer par les gardes japonais. Ces longues journées sous un soleil de plomb n’empêchent pas les officiers des deux camps de communiquer entre eux et d’échanger leurs points de vue sur la guerre, sur la question de l’honneur. En effet, le soldat japonais préférera faire hara-kiri plutôt que d’être retenu par l’ennemi.

Cette promiscuité entre soldats haut-gradés adversaires amène également aux troubles des sentiments. C’est le cas du capitaine Yonoi, le « jeune dictateur » comme l’appellent les anglais, qui semble bouleversé par la beauté du major Jack Celliers, un ange blond au passé tourmenté. C’est David Bowie qui incarne cet officier anglais aux traits d’une finesse presque féminine. Le chanteur, par sa beauté et son charisme, irradie incroyablement l’écran. Le rôle de Yonoi est confié à Ryuichi Sakamoto qui s’est également attelé à la composition de la musique originale de « Furyo ». Takeshi Kitano incarne quant à lui un être violent, personnage qui va souvent revenir dans les rôles qu’il interprétera plus tard.

Trente ans ont passé entre la sortie du film et cette nouvelle version restaurée. A l’opposé du film de guerre, « Furyo » est une oeuvre troublante relatant la confrontation des deux personnages dont la différence culturelle n’empêche pas une homosexualité refoulée. La célèbre musique et quelques tics de réalisations empèsent parfois le récit de Nagisa Oshima. « Furyo » reste cependant une oeuvre fine et délicate, avec un parti pris esthétique radical, notamment lors des scènes oniriques de flash-back dans un jardin fleuri.