Je la connaissais bien, un film de Antonio Pietrangeli

On avait récemment découvert en salles « Du Soleil dans les yeux » , le premier film d’un cinéaste italien injustement oublié, Antonio Pietrangeli. Le distributeur Camélia Films poursuit son beau travail de redécouvertes de films rares: « Je la connaissais bien… » date de 1965 et sort en France sous le titre « L’amour tel qu’il est ». Une pléiade de grands acteurs composent ce film à la fois drôle et mélancolique: Nino Manfredi, Ugo Tognazzi, Jean-Claude Brialy et surtout la magnifique Stefania Sandrelli. L’actrice n’a alors que 19 ans et a déjà tourné quelques années auparavant dans l’irrésistible « Divorce à l’italienne » (1961) avec Marcello Mastroianni et le beau « Séduite et abandonnée » (1964) tous deux de Pietro Germi.

« Je la connaissais bien… » annonce dans son titre conjugué au passé le destin malheureux de son héroïne. Comme dans le premier film du cinéaste, c’est la condition de la femme qui est mise en avant. Adriana comme Celestina dans « Du Soleil dans les yeux » est une jeune et jolie provinciale qui débarque à Rome pour trouver un emploi. D’abord coiffeuse dans une station balnéaire, elle devient ouvreuse dans un beau cinéma puis cède aux promesses d’un beau parleur (Nino Manfredi) qui lui destine une carrière d’actrice.

Adriana n’est pas une jolie idiote. Elle le dit elle-même, elle « s’attache trop » et vit sa vie comme elle l’entend. Sans être carriériste, elle a envie de faire du cinéma. Mais ses illusions vont s’augmentant: des hommes veules, des contrats sans lendemains… Qu’importe, Adriana continue de sortir et de danser jusqu’au petit matin. La dernière scène lorsqu’elle observe des oiseaux dans leur volière sonne comme le reflet de sa vie.

Ce petit chef d’oeuvre est irrésistible de comédie mais aussi de gravité: la solitude d’Adriana, les humiliations subies et ce milieu du cinéma arrogant (la scène où Ugo Tognazzi joue des claquettes est épouvantable). Le beau noir et blanc, la mise en scène efficace, le scénario riche d’Ettore Scola et Rugero Maccari, ainsi que la musique de Piero Piccioni et les chansons de Bécaud – « Toi » chanté en italien – font de « Je la connaissais bien… » un film inoubliable, baigné d’une atmosphère mélancolique. La beauté de Stefania Sandrelli et sa mou mutine resteront dans les anales du cinéma transalpin.