Le Disciple, un film de Kirill Serebrennikov

Venjamin est un lycéen taciturne: isolé du reste de la classe, élevé par sa mère divorcée, le jeune homme se réfugie dans la lecture des Écritures. Dès lors, il tente de s’appliquer les règles de vie tirées de la Bible et de faire respecter stricto sensu leurs préceptes au corps enseignant. Cela commence par les cours de natation où Venjamin, finalement approuvé par la directrice de l’établissement, réussit à imposer aux lycéennes le port du maillot une-pièce au lieu du sensuel bikini… Un seul adulte va s’interposer au dogmatisme galopant du jeune élève: sa professeur de biologie Elena Lvovna.

Le cinéaste russe Kirill Serebrennikov s’empare d’un phénomène inquiétant qui plombe les sociétés contemporaines touchées par la crise: la question identitaire doublée du fanatisme religieux. A l’origine du film « Le Disciple », il y a la pièce du dramaturge allemand Marius von Mayenburg Martyr (Märtyrer) créée en 2012. Le réalisateur en tire un film violent et inquiétant qui n’évite cependant pas la théâtralisation notamment dans les scènes assez poussives des conseils de classes.

L’intérêt du film réside dans la confrontation entre Venjamin (magnifiquement interprété par l’étonnant Petr Skvortsov) et son principal contradicteur qu’est sa prof de biologie (Viktoriya Isakova). Le scénario illustre bien, à travers le microcosme du lycée, la faiblesse de notre société occidentale tétanisée par les questions religieuses et incapable de faire face au dogmatisme de ses brebis égarées. Même le représentant religieux qu’est le pope dans le film est incapable de raisonner le garçon en colère. Pire, en le laissant prêcher les sermons de la Bible à sa place, le représentant de l’Eglise orthodoxe rend légitime la déviance fascisante du « combattant », comme aime à se définir le jeune homme.

Courageux, le film s’attaque aux extrémistes religieux de tous bords, tous ceux qui brandissent les Livres à tout-va, invoquent Dieu et sa morale dans la vie politique et voudraient que l’Humanité s’interdise de penser seule. Serebrennikov, à travers le discours de Venjamin, montre bien que ces hystériques de Dieu, dérivent rapidement vers une vision totalitaire et mortifère de la société: racisme, antisémitisme, homophobie, haine des femmes, violence… sont les maîtres-mots de tous les Venjamin.