Répondre aux besoins de sa richissime clientèle avant même que celle-ci les lui exprime? C’est le credo de Monsieur Gustave (Ralph Fiennes), le concierge du Grand Budapest Hotel, un palace juché dans les montagnes de Zubrowka, pays imaginaire aux allures d’Autriche et de Hongrie. « L’homme aux clés d’or » est tellement proche des ses fortunées clientes, âgées pour la plupart, qu’il en vient à hériter d’un illustre tableau de Madame D. (Tilda Swinton). Ce qui ne fait pas le bonheur de ses héritiers… S’ensuit une course-poursuite à travers un pays à la veille de la Seconde Guerre Mondiale.

Cette comédie policière réalisée par le texan Wes Anderson est une véritable plongée dans le petit théâtre imaginaire du cinéaste, qui dit s’être inspiré des écrits du viennois Stefan Zweig ainsi que de « Suite française » d’Irène Némirovsky. Dans cette Mitteleuropa de pacotille, Wes Anderson a méticuleusement reconstitué un univers kitsch et désuet: le rendu est splendide, que ce soient les décors naturels comme le hall de l’hôtel (tourné dans le grand magasin « Görlitzer Warenhaus » à Görlitz en Allemagne) ou les maquettes de décors alpins. A ce titre, la scène de descente à ski et en luge, réalisée en stop-motion, est une charmante trouvaille.

Sur un scénario somme toute banal dans lequel le spectateur devine aisément l’intrigue, Wes Anderson donne un rythme vertigineux à son récit, semé de scènes insolites et accompagné en musique par l’inévitable Alexandre Desplat. Le musicien ne cesse de se réinventer composant ici une partition musicale rythmée par l’orgue, les balalaïkas et d’autres instruments d’Europe Centrale. Le metteur en scène, tel un esthète maniériste, ne laisse rien au hasard: tout est parfaitement millimétré (dialogues, mouvements de caméras, décors) et avance à toute allure dans cette comédie ponctuée en chapitres.

Dans cette spirale rocambolesque, l’impressionnant panel d’acteurs, avec à sa tête l’excellent Ralph Fiennes, s’en donne à cœur joie. Depuis Tilda Switon (déjà grimée dans « The Snowpiercer« ) en passant par Willem Defoe, Jeff Goldblum et Adrien Brody, leurs compositions outrancières sont jubilatoires.

Wes Anderson a réussi son pari: lâcher son spectateur dans un univers facétieux inspiré de Tintin, magnifié par ses décors, costumes et interprètes.