Une Vie, un film de Stéphane Brizé

« La vie, voyez-vous, ça n’est jamais si bon ni si mauvais qu’on croit » conclut la bonne Rosalie à la fin du nouveau film de Stéphane Brizé « Une vie ». Pourtant, sa maîtresse Jeanne en a accumulées des frustrations et des déconvenues depuis le sortir de l’enfance: un mariage malheureux, une amitié mensongère et un fils dépensier. Ce cœur pur, interprété par la remarquable Judith Chemla, résiste malgré tout face aux tempêtes de la vie dans un paysage normand sombre et lumineux à la fois .

Le cinéaste des très ovationnés « La Loi du marché » et « Quelques heures de printemps » a choisi pour son nouveau long-métrage l’adaptation d’une oeuvre littéraire (il avait déjà adapté « Mademoiselle Chambon » tiré de l’oeuvre d’Eric Holder) . Le récit de Guy de Maupassant est assez fidèlement mis en scène et subtilement filmé: par ellipses et esquisses, on suit les joies et les malheurs d’une héroïne désillusionnée. On pense évidemment au récit de Flaubert « Madame Bovary » (adapté par Claude Chabrol) sauf qu’à la différence de Jeanne, son héroïne Emma est adultérine. « Une vie » serait plutôt à classer du côté de l’oeuvre – méconnue – de Balzac : « La Femme de trente ans ». Des femmes qui veulent vivre leur vie mais qu’un milieu

Stéphane Brizé a franchi une étape dans la maîtrise formelle et la narration de son travail: « Une vie » est à rapprocher de « Van Gogh » de Maurice Pialat et « Lady Chaterley » de Pascale Ferran pour la fine description psychologique de ses personnages et un cadre naturaliste somptueux.

Jeanne, c’est Judith Chemla: une actrice qu’on avait déjà remarqué dans « Versailles » de Pierre Schoeller et « Ce sentiment de l’été » de Mickaël Hers. Elle incarne de façon magistrale une femme pleine de vie, brisée par les bassesses humaines et les mensonges. Une femme d’un autre temps, mais tellement contemporaine malheureusement.